Paintings that begin with an X présente un nouveau corpus d’œuvres d’Elaine Stocki et marque la première collaboration entre l’artiste et Blouin Division. L’exposition se déploie à travers une pratique profondément ancrée dans la matérialité et une réflexion sur le processus, l’intuition et la transformation :
« J’ai intitulé cette exposition Paintings that begin with an X parce que j’ai commencé chaque œuvre de la même manière : par deux lignes qui se croisent et deviennent à la fois un point de référence formel et conceptuel. Le processus débute par la création d’un motif. J’assemble ensuite différentes sections cousues et commence par peindre les parties de lin, construisant progressivement la surface jusqu’à ce qu’elle suggère ce que les autres zones de la peinture devraient devenir. Chaque œuvre développe ainsi une narration organique à travers son processus de fabrication.
L’aquarelle, le velours, le lin et la soie constituent une exploration des tensions entre les matériaux : les effets imprévisibles de la peinture versée et superposée, le lustre saturé du velours et la rigidité du lin. La couleur, la texture et les associations historiques liées à ces textiles sont importantes pour moi. Le velours évoque à la fois le luxe et une certaine forme de kitsch, et le contraste entre sa richesse et la surface plus mate du lin crée une profondeur presque photographique : un matériau recule tandis qu’un autre avance.
Lorsque je termine un corpus d’œuvres, je suis souvent surprise par ce qu’il me révèle. Les peintures deviennent des manifestations physiques d’émotions que je n’avais peut-être pas encore comprises en atelier. Ce processus intuitif façonne une relation profondément personnelle avec le travail. Je manipule constamment les peintures : je les retire du châssis, j’enlève certaines sections, en remplace d’autres et tends des textiles avec différentes tensions, comme une peau à différents stades de la vie. Inévitablement, je commence à personnifier les peintures pendant leur création. Certaines possèdent des personnalités plus combatives que d’autres et semblent avoir leur propre idée de ce qu’elles doivent devenir.
Les peintures empruntent à des codes visuels associés à la dévotion : palettes chromatiques riches, textiles lumineux et formes simplifiées évoquant le corps. Les œuvres reflètent inévitablement mes désirs, mes peurs et mon état émotionnel au moment de leur réalisation, me révélant quelque chose en retour une fois achevées. Fondamentalement, je crois que le rôle de l’artiste consiste à absorber les tensions du monde et à en proposer une interprétation esthétique. Dans cette perspective, le moment actuel constitue une période particulièrement éloquente pour créer. J’aime considérer ces peintures comme de petites allégories utilisant le langage visuel de la spiritualité afin de questionner les hypocrisies dissimulées derrière certaines postures morales. » — Elaine Stocki
Elaine Stocki (née en 1979 à Winnipeg, Canada) détient des diplômes en chimie et en beaux-arts de l’Université du Manitoba ainsi qu’une maîtrise en beaux-arts de l’Université Yale. Son travail a été présenté à l’Art Gallery of Ontario (AGO), Toronto ; au Museum of Contemporary Art Toronto ; au Deutsche Guggenheim, Berlin ; à la Nicelle Beauchene Gallery, New York ; à la Night Gallery, Los Angeles ; chez Cadet Capela, Paris ; au Philadelphia Museum of Art ; et à la Thomas Erben Gallery, New York, entre autres. Son travail a fait l’objet de critiques dans Border Crossings, The New Yorker et The New York Times. En 2019, sa première monographie a été publiée par SKIRA Paris à l’occasion d’une rétrospective de dix ans au Centre culturel canadien à Paris. Ses œuvres figurent dans les collections permanentes du Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa, du Los Angeles County Museum of Art (LACMA) et du Philadelphia Museum of Art. Stocki a été récipiendaire du programme Sharpe-Walentas Studio 2023–2024 et vit et travaille à Los Angeles.