Blouin Division a le plaisir de présenter A Mountain and a Forest, une exposition solo de l’artiste canadienne Sarah Anne Johnson. Initialement présentée à la galerie Stephen Bulger de Toronto, elle se prend forme ici avec de nouvelles œuvres présentées pour la première fois.
L’exposition prolonge les préoccupations développées dans la série Woodland, montrée ici en 2021. Dans ce corpus, le médium photographique est envisagé comme une structure provisoire plutôt que comme un enregistrement fixe. Pour l’artiste, la documentation des environnements forestiers devient le point de départ d’interventions matérielles et numériques, à travers lesquelles l’image est reconfigurée dans un registre plus subjectif, où la représentation s’aligne sur l’expérience vécue plutôt que sur une description objective.
A Mountain and a Forest se compose de deux séries, chacune proposant une approche distincte mais complémentaire du paysage. Occupant l’espace principal, Cedar Forest déploie des images d’arbres sur les murs de la galerie. En intervenant directement sur les tirages photographiques, Johnson en modifie la surface à l’aide de peinture, de pigments et d’autres matériaux, construisant chaque image par strates successives. Ces gestes déplacent les œuvres au-delà de la documentation vers des surfaces construites où image photographique et intervention picturale coexistent. La forêt est ainsi abordée comme un site de perception stratifiée plutôt que de représentation, où profondeur, luminosité et cohérence spatiale sont en mouvement constant, les images oscillant entre observation et fabrication.
Dans une salle plus intime située au fond de la galerie, Mountain dialogue avec une murale peinte par l’artiste, prolongeant les paysages des œuvres dans l’espace architectural. Inspirée d’un voyage à cheval à travers le parc national de Jasper, la série prend forme à partir de moments discontinus, plutôt que selon une narration continue. Le cadre et le traitement de la surface en accentuent le caractère fragmentaire, faisant apparaître des images en suspens, entre image et objet.
Les œuvres de Johnson s’appuient sur des recherches en écologie sur la communication des plantes, sur les savoirs autochtones liés au territoire, ainsi que sur l’association historique entre les arbres et l’architecture sacrée. Ces références s’inscrivent dans une démarche qui envisage le paysage comme façonné par la perception, l’intervention matérielle et l’expérience vécue plutôt que comme une représentation figée. La création d’images devient ainsi un espace où documentation et transformation coexistent, et où les environnements sont continuellement reconfigurés à travers les actes de voir et de faire.
