Ces nouvelles œuvres occupent un seuil entre la matière tangible et l’espace imaginaire. La toile fonctionne à la fois comme une enceinte architecturale et comme un corps physique, tandis que l’image peinte fait écho à cette dualité. Le travail émerge à partir d’un intérêt pour les premiers développements de la pensée médicale occidentale et les modes de représentation de l’espace; les associations entre le corps, l’esprit et l’environnement que l’on retrouve, d’une part, dans la théorie des quatre humeurs et, d’autre part, dans l’usage symbolique de la perspective linéaire. Les nouvelles peintures condensent une conception de l’intériorité en un cadre schématique, suspendu dans une topographie cumulative de peinture.

 

Les surfaces se construisent à travers une chorégraphie de couches et d’applications, au rouleau, à l’éponge, par pulvérisation et par glacis, donnant naissance à des textures saturées, sédimentées, cellulaires et fragmentées. Des champs de couleur superposés se fondent les uns dans les autres, tandis que, dans les œuvres de plus grand format, une grille linéaire de briques se superpose au décor tel un écran, brouillant la distinction entre l’intérieur et l’extérieur. Dans certaines œuvres, l’espace se remplit de motifs domestiques et matériels : faux grain de bois, rayures textiles et motifs de carrelage viennent ornementer la réalité plane de la toile et déjoue notre désir instinctif de profondeur. Ici, les murs et les pièces ne sont pas des lieux statiques, mais une succession de plans où la texture visuelle agit comme une frontière qui aplatit l’espace, une peau chargée de mémoire active.

 

En périphérie de ces espaces se trouvent de petits tondos représentant une main tracée, s’inspirant de l’« illusion de la main en caoutchouc »; une expérimentation mettant en évidence la capacité du cerveau à s’approprier sensoriellement un corps de substitution. Ces œuvres font écho à l’acte même de dessiner ou de peindre : une boucle sensorielle dans laquelle l’esprit projette une réalité physique dans un espace illusionniste, mettant à l’épreuve les frontières entre ce qui est ressenti, ce qui est vu et ce qui est imaginé.

 

-Patrick Howlett