Blouin Division a le plaisir de présenter Translucent Valleys de Misbah Ahmed dans l’Espace Projet de Toronto. L’exposition retrace les récits, les épistémologies et les recherches matérielles explorés par Ahmed, à la suite d’un parcours de recherche dans le bassin du fleuve Indus, au Pakistan.

 

« Translucent Valleys émerge d’une réflexion sur les paysages, les rituels et les systèmes de connaissance rencontrés au cours de mes voyages au Pakistan. Pendant les mois d’hiver, un brouillard recouvre aussi bien les villes que les campagnes, circulant à travers ces atmosphères. Au fil de ce processus, les frontières, entre les humains et les non-humains, le vivant et le non-vivant, s’obscurcissent, liant les corps les uns aux autres et à la terre elle-même. La fumée provenant du brûlage des cultures et des fours à briques épaissit cette atmosphère déjà palpable, renforçant une présence invisible, mais violente. Moi aussi, je contribue à ce cycle avec mes céramiques cuites dans un four à fosse, observant des nuages de fumée s’élever dans l’air du soir, dansant à hauteur de taille.

 

La poterie naît des éléments : la terre, le feu, l’air et l’eau. Les récipients prennent forme à travers la convergence de ces forces élémentaires, leur forme étant façonnée par leur interaction et leur transformation. Mais que transporte d’autre un récipient ? Quelles histoires, croyances et façons de connaître peut-il contenir ?

 

Au cours de mes voyages, j’ai recherché des sanctuaires et d’anciens sites sacrés, observant quels rituels perdurent et ce qu’ils révèlent de nos relations avec la terre et la nature. Les conversations avec les communautés locales ont ouvert des voies vers le symbolisme des traditions soufies. Le papillon de nuit apparaît comme un chercheur dévoué du divin, poursuivant son union ultime à travers son anéantissement par le feu. Les oiseaux qui habitent les sanctuaires recueillent les mannat; vœux, prières et offrandes associés à l’accomplissement des souhaits. Ils évoquent également l’allégorie soufie de la Conférence des oiseaux, dans laquelle le chercheur doit traverser sept vallées de transformation spirituelle à la poursuite du Simorgh. Ces récits nous rendent attentifs aux formes de dévotion, de dissolution et d’interconnexion de toutes choses et de tous les êtres. Ils me permettent d’interroger les types de connaissances qui se transmettent et se perpétuent à travers les générations, inscrits dans les rituels, les paysages et la culture matérielle.

 

Dans ce projet, je reviens à un répertoire de formes récurrentes tirées de la vie quotidienne et des traditions héritées : récipients à eau, lampes à huile, arcades et fresques. L’argile fonctionne non seulement comme un médium, mais aussi comme un réservoir de connaissances, portant les marques du travail, de l’histoire, du temps et de la transformation. À travers ces formes, mon travail s’intéresse aux histoires entrecroisées du genre, de l’écologie et de l’héritage culturel, en plaçant les femmes au centre en tant qu’agentes de la préservation et de la production culturelles, ainsi que gardiennes de la mémoire collective et de sa transmission.

 

Translucent Valleys réunit les conditions atmosphériques du paysage du fleuve Indus, au Pakistan, et les passages spirituels à travers lesquels la connaissance est recherchée, transformée et abandonnée. La translucidité devient une manière de connaître les atmosphères qui nous entourent, celles qui enveloppent notre perception du monde et nous permettent d’éprouver cette réalité sans toutefois la saisir pleinement. Cette connaissance se trouve dans les histoires portées par la terre, les croyances intégrées aux rituels et les mémoires contenues dans les formes matérielles. À la croisée de l’observation écologique, des cosmologies soufies et des procédés céramiques, le projet aborde le récipient à la fois comme un objet physique et comme un lieu de transmission. À l’image du brouillard diffusé dans une vallée, la mémoire culturelle n’est ni fixe ni entièrement lisible. Elle s’accumule, se disperse et se transforme, révélant des liens entre les mondes humains et plus-qu’humains, tout en laissant place à ce qui demeure inconnu. » -Misbah Ahmed