Dans Synthesizer (2025), des acétates d’éclairage synthétiques mis au rebut et des matières organiques sont superposés directement sur un numériseur à plat afin de construire des champs spatiaux lumineux. Des teintes ambrées et rouges anthropomorphisent les compositions, évoquant une immersion dans les fluides corporels. Les formes qui en résultent rappellent à la fois l’imagerie radiographique et les photogrammes cinématographiques, oscillant entre intériorité et spectacle. Certains éléments demeurent lisibles, des fleurs évoquant les natures mortes hollandaises du XVIIe siècle, tandis que d’autres se dissolvent dans une matière ambiante et atmosphérique.
 
Cette série découle d’une réflexion continue sur les systèmes cellulaires et circulatoires du corps, ainsi que sur l’indissociabilité de l’organique et du synthétique dans la vie contemporaine. Vivant avec une condition chronique nécessitant une hormonothérapie vitale, Kuzmicz intègre également une injection hormonale synthétique supplémentaire, essentielle à son accomplissement personnel. Il établit un parallèle entre ces traitements, imaginant une circulation sanguine peuplée de rémanences flottantes, résidus de risque, d’excès et de survie, mobilisées pour faire face à la conscience soudaine de la mortalité.
 
À travers ce processus, une vision ternie se réoriente progressivement vers un nouvel équilibre; des floraisons chromatiques illuminées émergent de l’obscurité. Les grands tirages chromogènes évoluent d’un malaise existentiel empreint de ressentiment vers un émerveillement biophilique. Ils suggèrent que lorsque le traitement adéquat rencontre le désir, une existence vécue au bord de la perte peut se transformer en une vie porteuse de sens.
 
Les œuvres sont montées sur du peuplier et de l’acier à l’aide d’aimants, puis recouvertes d’une graisse rouge résistante aux hautes températures qui lubrifie visuellement le veinage du bois. Cette relation matérielle existe également dans le domaine de la lithographie, un procédé que Kuzmicz explore aussi dans sa pratique de l’image.
 
Nykyta Alexander Kuzmicz est né à Edmonton, en Alberta, et a vécu et travaillé à Toronto pendant la majeure partie de sa vie. Il a obtenu un baccalauréat en beaux-arts de l’OCAD University en 2015, après une année d’études déterminante à Florence, en Italie. Depuis 2025, il est membre artiste d’Open Studio, un centre consacré à l’estampe contemporaine. Il a récemment participé à l’exposition collective Nice Touch à the plumb. Il s’agit de sa première exposition avec Blouin Division. Il entamera cet automne une maîtrise en beaux-arts à la Carnegie Mellon University, à Pittsburgh.