À la suite de sa récente exposition à Fonderie Darling, Walter Scott présente Two Things Can Be True, une série de peintures plongeant dans les méandres psychologiques et symboliques entourant l’acte de « faire ».
 
Les sept tableaux déployés dans la galerie poursuivent une recherche où le langage visuel de Scott articule pratiques textuelles et abstraction. Cette exposition s’inscrit dans le prolongement de A Shape in the Living World, sa première exposition solo constituée uniquement de peintures, présentée à la Hunt Gallery à Toronto en février dernier.
 
Dans Two Things Can Be True, certains codes issus de la bande dessinée sont repris : les bordures ainsi que les marqueurs de progression laconiques « SO » et « THEN » sont intégrés dans des compositions de scènes épurées. Les œuvres dépeignent parfois des espaces liminaux et austères, parfois des objets isolés. Des notes de post-it, faisant écho à des pensées fragmentaires, rappellent les morceaux de papier retrouvés dans l’atelier de l’artiste. Nous nous retrouvons alors face à une forme d’intériorité émotionnelle. Vases, verres à vin, flaques de liquides sombres et autres iconographies composent un ensemble d’images spéculatives, dépourvues de présence humaine. Wendy, figure centrale de son univers, est ici absente, mais son système de signes continue d’infuser les images. Sa présence réside plutôt dans les différentes couches méta du plan formel.
 
Dans l’œuvre THEN, elle apparaît sous la forme d’un croquis reproduit sur l’image d’une feuille de papier, « fixée » à la toile par un morceau de ruban adhésif rendu à l’acrylique. Cette forme de représentation complexifie l’expérience habituellement directe de Wendy en tant que personnage de bande dessinée sur papier. Ici, sa présence est médiée par plusieurs niveaux de retrait formel, mettant en évidence l’inconfort et la complexité de son statut de marchandise dans le monde de l’art contemporain au sein de cette exposition.
 
Le langage occupe encore et toujours une place structurante dans la pratique de Scott. Les jeux de mots, les doubles sens et les formes proches du puzzle verbal sont souvent teintés d’un humour à la fois noir et critique, introduisant ainsi une strate supplémentaire de lecture. Le sens se construit ainsi dans les glissements entre mots et images, sans jamais se fixer.
 
Les toiles agissent comme des représentations d’elles-mêmes, une fois détachées de la réalité. Ce sont des images d’images témoignant d’une forme de conscience réflexive des œuvres elles-mêmes. Elles évoluent dans la fiction du monde de l’art que nous continuons collectivement à construire. Bien que la disposition des tableaux dans l’espace reprenne en quelque sorte l’idée d’une trame narrative classique, l’ensemble est affranchi de la structure séquentielle des bandes dessinées. L’expérience des œuvres en personne est déterminante : leur échelle et leur matérialité modifient profondément notre perception et notre lecture. Ici se forme un récit en constante transformation sous le regard du public. Les œuvres évoluent ainsi de manière similaire à nos états psychologiques fluctuants, qui nous poussent à revisiter et réinterpréter continuellement nos souvenirs, nos traumatismes et nos réponses émotionnelles aux événements de la vie.
 
Biographie:

Walter Scott, né en 1985, est un artiste interdisciplinaire qui travaille à la fois dans la bande dessinée, le dessin, la vidéo et l’installation. Sa série de bandes dessinées, Wendy, raconte les mésaventures incessantes d’une jeune artiste dans une version satirique du monde de l’art contemporain. Wendy a fait l’objet d’articles dans Art in America, ArtReview, le New York Times et le New Yorker. Parmi ses expositions récentes, citons « heavily Greebled » à la Darling Foundry (Montréal) et A Shape in the Living World à la Hunt Gallery de Toronto. Son court-métrage, Organza’s Revenge, a récemment été projeté dans des festivals internationaux et a remporté le prix du cinéaste canadien émergent au festival InsideOut de Toronto. Son dernier roman graphique, The Wendy Award, est désormais disponible chez Drawn & Quarterly.